Un GUEST BLOG de Alain Lefebvre

Publié le par PP GIRARD

Rappelez vous, il y a quelques dizaines d'années , à l'heure de l'acte unique, notre plus grande " frousse ", nous,  peuple de France, était la perte de notre modèle social, par l'entremise du dumping social. Aujoud'hui, où en sommes nous ?

Un grand pas, ..., de côté !

Il y a quelques semaines,
Alain Lefebvre m'a contacté pour parler de son dernier livre  : " Faut il brûler le modèle social français ? "

Après lecture de l'ouvrage, au demeurant très synthétique, je considère que cet essai nous propose un éclairage clairvoyant sur le fonctionnement des institutions des pays nordiques (Suède, Finlande, Norvège), sans langue de bois. J'ai donc proposé à l'auteur 
de venir en parler sur mon blog, et,  de pondre une note pour étayer sa reflexion de fond. Je le remercie :

" Juste au moment où éclatait la crise du CPE, est paru en France un livre sur le modèle social français qui, pour une fois, ne glose pas sur le déclin français ou sur la proche guerre civile en France, mais propose des solutions. Il est en effet réconfortant de prendre connaissance des cent cinquante-six pages, brèves, mais décisives, où Alain Lefebvre et Dominique Méda se sont efforcés de répondre à la question:"Faut-il brûler le modèle social français?". Dominique Méda est inspecteur des affaires sociales et auteur d’un livre fondateur sur "Le Travail, une valeur en voie de disparition" et Alain Lefebvre est le conseiller pour les affaires sociales pour les pays nordiques, en poste à Stockholm. Les deux auteurs s´appuient notamment  sur la réflexion théorique d’un chercheur danois, Gosta Esping-Andersen, exposée dans un livre publié en français sous le titre  " Les trois mondes de l’Etat providence " pour analyser de manière équilibrée et nuancée les causes et les conséquences de la crise du modèle français, qui ne répond plus à ses objectifs d’origine, efficacité et équité. La  réflexion sur "l’utilisation rationnelle des comparaisons" est suivie par une analyse de «la réussite nordique», ce qui permet de relever que «les aspirations des Finlandais, des Suédois, des Norvégiens ou des Danois (...) ressemblent beaucoup à celles des Français, qui ne se reconnaissent pas nécessairement dans la liberté et la promotion du risque, chères au modèle anglo-saxon ». Cette réussite s’exprime dans des taux de chômage significativement inférieurs à la moyenne européenne, sauf en Finlande, où néanmoins la tendance est encourageante (8%), mais surtout, plus qu’ailleurs en Europe, il y a d’excellentes performances pour les jeunes, les seniors et les chômeurs de longue durée. Les caractéristiques des modèles nordiques qui sont analysées avec précision et nuance, notamment en ce qui concerne l’étendue du champ des politiques sociales publiques, l’importance des dépenses sociales dans le PIB avec une forte redistribution, le rôle crucial des collectivités locales, la recherche systématique de l’égalité entre hommes et femmes, peuvent constituer un élément d’explication. La croissance, davantage, sauf au Danemark qui ne fait pas mieux que la France sur ce plan. Il faut dire que plus que chez nous, l’accent est mis sur la recherche-développement (les cinq pays nordiques avec vingt-cinq millions d’habitants, déposent plus de brevets que la France ou la Grande-Bretagne). Ces pays dépensent aussi plus que nous pour l’éducation. Le temps partiel choisi joue également un grand rôle. Tout ceci étant réalisé avec des comptes publics excédentaires, financés principalement par l’impôt sur le revenu (représentant entre 30 et 50% des recettes fiscales, contre 17% en France ou 30% au Royaume-Uni) et des taux «normaux» de TVA élevés (22 à 25%). Les auteurs analysent aussi le concept de flexicurité sans en minimiser pas l’importance, mais en soulignant qu’il ne se réduit pas à la vision réductrice que nous en avons généralement. Certes, il favorise la mobilité sur le marché du travail en combinant la liberté d’embauche et de licenciement, une bonne couverture sociale en termes d´indemnités et de minima sociaux, et «l’activation» des chômeurs à travers un droit étendu au soutien, à la formation et à des actions de retour à l´emploi. Mais la flexicurité nordique, c’est aussi la flexibilité pour les salariés, la possibilité de travailler en fonction de leurs possibilités ou de leurs contraintes familiales sans perte de revenu trop importante. C’est donc aussi «un concept réciproque, partagé entre l’employeur et l’employé».

L’expérience nordique montre ainsi qu’il peut y avoir corrélation entre un niveau élevé de dépenses sociales, des comptes publics excédentaires, une croissance significative et un chômage réduit. Ce «carré magique» pourrait-il être transposé dans notre pays? C’est la quatrième étape du raisonnement des auteurs, qui mettent à mal un par un les arguments qui pourraient conduire à conclure à «l’impossible transposition». A la question de la transposition, les auteurs répondent donc qu’elle est possible. A condition de rechercher un véritable consensus par le dialogue social et de revoir l’organisation politique du pays et ses méthodes politiques. Et aussi, soulignent les auteurs, à condition «de vaincre deux obstacles majeurs qui nous paralysent»: le «pessimisme» (notre pays est vingt-quatrième sur vingt-cinq dans l’Union européenne en ce qui concerne l’optimisme concernant le futur), l’ «idéologie» («nous aimons théoriser, ou plus exactement placer nos réformes dans des cadres de référence idéologiques, qui ont été souvent d’origine marxiste ou antimarxiste, quand la manière de travailler des nordiques est essentiellement pragmatique», «les réformes à faire ne sont ni de droite ni de gauche»).

C’est en s’affranchissant de ces deux obstacles que les auteurs détaillent, dans leur dernier chapitre, la feuille de route qu´ils proposent, pour la France et pour l´Europe. "

Publié dans J'ai LU

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