Processus d'échange : parfum, odeur

Publié le par PP GIRARD SATIEconseil.rh

Laissez moi vous conter ces quelques fragrances fraîches et fleuries et vous inviter à lire cette ode au parfum. De nombreux objets et pratiques mobilisant les senteurs donnent une importance inédite à l’odorat. Le commerce de produits odorants associant aux parfums de luxe, et autres bougies aromatisées, huiles, essences, rencontre les faveurs du public. On ne vend plus du plaisir mais des sources de bien-être et de santé : l’aromachologie. Simple effet de mode suscité ou exploité par l’industrie ? La réponse est peut-être plus complexe qu’il n’y parait.
Brigitte Munier, sociologue nous parle de l’intérêt  pour les fragrances, nouvelle valeur de l’odorat qui traduit le paradoxe d’un besoin collectif et d’une reconnaissance personnelle.

« Se parfumer est un acte à la fois collectif et personnel, par la signature exacerber de soi, et exige des autres la reconnaissance de la sublimation du corps ainsi obtenu. »

Nous y apprenons que l’usage du parfum à travers les siècles conserve toujours la même symbolique, la recherche de la pureté et de l’immortalité : « chaque époque veut être encensée par des parfums qui l’exprime, la finalité symbolique n’est pas modifiée, il s’agit toujours de s’immortaliser... »

Que Louis XIV et ses sujets pratiquaient la toilette sèche, parce que les croyances médicales de l’époque affirmaient la porosité de la peau et interdisaient l’usage de l’eau.

Et pour imperméabiliser les corps, les sujets se recouvraient de crèmes et autres onguents parfumés, qui, au passage masquaient les effluves des remugles d’un corps en putréfaction...

Le parfum, c’est aussi le complice de la séduction, toutes les femmes le savent bien, car il éveille chez l’homme des sensations de proximité, la chaleur du  corps féminin et le touche d’une façon immédiate. L ‘odeur du corps en elle-même, si elle ne témoigne pas d’un manque de soin, est déjà un aphrodisiaque. Ainsi, Henri IV écrivit à sa maîtresse, Gabrielle d’Estrée : « ne vous lavez plus très chère, je viens dans huit jours ».Les ingrédients d’un parfum qui se lient avec l’odeur naturelle du corps ont un effet particulièrement érotique.

La manipulation par l’aromate

Au-delà de cette étude diachronique du parfum, cette invitation à découvrir le nez,  sens trivial, et les senteurs, prosaïques... on y découvre la thérapie par les odeurs. C’est une firme japonaise SHISEIDO, qui tenant compte de nos besoins alternatifs d’énergie et de repos a conçu deux parfums, l’un tonifiant et l’autre lénifiant. Diffuser par système informatique sur les chaînes de montages des usines, de la menthe pour réveiller les ouvriers fatigués, de la lavande pour les calmer, du citron pour les stimuler, diriger par les odeurs, versions olfactives d’un conditionnement mécaniste.

Effluves de la culture asiatique qui privilégie le groupe à l’individualisme. Il n’est pas surprenant que des sociétés japonaises soient à l’origine de cette aromathérapie, qui contribuerait à renforcer la cohésion du groupe, au détriment de l’individualisme.

Déjà Vance Packard, dans son livre la persuasion clandestine, dénonçait dans les années 50 les techniques mises au point par les publicitaires pour influencer les comportements de l’homme à son insu. Par ex, Dans l’industrie américaine, au nom du l’esprit d’équipe, tout le monde devait  passer des examens psychologiques et d’aptitudes approfondis, tout le monde était scruté, par de répit. La manipulation de l’homme devait le rendre plus heureux et lui permettre de travailler plus efficacement : mais ou est donc mon jardin secret ?

Alors possibilités prometteuses ou inquiétantes pour l’avenir ? Quel sens  et quelle portée doit- on donner à ce phénomène ? Ce qui semble incorrect et dénonçable, c’est surtout l’usage galvaudé que l’on fait de l’odeur et du parfum !

A quand la feuille de paie parfumée aux fragrances d’hespéridés, d’une eau de Rochas, qui stimule la vitalité et l’endurance de chacun, ou bien d’un Angel de Mugler, teinté d’exotisme, de saveurs chocolatées, douce invitation à la câlinerie et à sérénité…

Publié dans J'ai LU

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